La chute du Lady Godiva, 29 mai 1943

Connaissez vous l’histoire du mémorial de la place de la Victoire?

 

Sur cette page, retrouvez cet événement de la seconde guerre mondiale, vécu à Plourhan

 

Le samedi 29 mai 1943 vers 17h30, une forteresse américaine B 17 de retour de mission de bombardements sur Saint-Nazaire est attaquée par la chasse allemande.
Le commandant de bord, Ted PATTERSON,  sachant qu’il était dans l’impossibilité de rejoindre sa base en Angleterre décide d’abandonner son avion, l’équipage saute en parachute sur les communes de Tréguidel et Plourhan et l’avion s’abîme en mer  près des îles St Quay. Au cours de leur descente en parachute plusieurs furent blessés par balles. Les habitants de Plourhan permirent de sauver six aviateurs. Les Allemands furieux que ces derniers aient échappé à leurs recherches, commencèrent mi-juillet les premières arrestations….Trois Plourhannais seront déportés dans les terribles camps de concentration en Allemagne,  Armand Hery, Roger Daniel et Louis Batard, dont les noms sont inscrits sur le mémorial. Seul Louis Batard rentrera…

 

 

Histoire détaillée:

Ce jour du 29 mai 1943, une armada de bombardiers, la plus grande concentration d’appareils de toute l’histoire de l’aviation, plus de cent avions, décolèrent depuis l’Angleterre pour une mission secrète.
Ted Peterson, premier lieutenant de 23 ans, basé sur la base de Kim Bolton dans la banlieue de Londres est de l’opération. Avec son équipage composé de neuf hommes, il se met en formation. Dans le ciel, ce n’est qu’avions à perte de vue.

L’objectif est simple, voler en direction de la base marine de Saint-Nazaire qui abrite les sous-marins allemands, larguer la cargaison de bombes perforantes et rentrer à la base en contournant la pointe bretonne.

La mission devait durer trois heures, mais cela ne va pas se passer ainsi.

La défense aérienne allemande est redoutable et touche l’avion qui perd rapidement deux des quatre moteurs. Ted Peterson doit se résoudre à quitter le groupe. Il devient alors une proie facile pour les avions de chasse allemande qui le mitraille copieusement. Malgré la perte du troisième moteur, le pilote réussi à déverser sa cargaison sur l’objectif.

Mission accomplie, maintenant il faut rentrer mais le plan de vol ne peut plus être tenu.

Le commandant prend alors la décision de couper au plus court à travers la Bretagne, s’exposant encore plus à l’ennemi mais c’est la seule solution pour rentrer sain et sauf. Constamment sous les feux des Messerschmitt, le lieutenant doit se résoudre à ordonner l’évacuation de l’avion avant que celui-ci n’explose.

Avec des moyens internes de communication coupée il ne fut pas facile de coordonner cette évacuation qui aurait pu finir tragiquement si Ted Pederson ne retrouva pas in extremis le dernier parachute. Il fut donc le dernier à sauter avant que l’avion ne poursuive librement son vol et ne s’écrase plus tard en mer au large des Iles Saint-Quay.

Ted Peterson racontera plus tard que seul dans les airs, accroché à son parachute, il aurait pu être abattu par un pilote allemand qui tournait autour de lui mais celui-ci lui fit un signe, puis s’éloigna.

Les deux premiers parachutistes se posèrent à Tréguidel, un troisième fut récupéré par un agriculteur mais rendu aux Allemands, un autre blessé fut récupéré par Jean Foison,  ici à nos côtés, dernier témoin acteur de cette tragédie.

Avec son ami Pierre le Mener, ils aidèrent le parachutiste blessé à l’épaule à se soigner et de cacher. Plus tard ils le confirent à Roger Daniel qui se chargea de le conduire à la résistance.

Un autre fut récupéré à la Croix de Méno par Louis Batard et Armand Hery.

Un pilote eu moins de chance en se posant à la Ville Guessio où l’attendait une patrouille allemande.

Un se posa à la Villeneuve dans la cour de ferme, chez Eugène LE DORé, puis un autre à la Fontaine Saint Pern chez Yolande REBOURS.

Ted Peterson tomba lui dans un champ au-dessus de la vallée de Gacon. Henri POULOUIN qui était dans les champs, vint rapidement à son secours et l’aida à  décrocher son encombrant parachute et à se mettre à l’abri.

De cette rencontre naquit une solide amitié et ces deux hommes furent toute leur vie durant en contact et se revirent très souvent.

Ainsi avec l’aide de plourhannais et de quinocéens, en relation étroite avec la résistance locale, les soldats américains purent être soustraits à l’armée allemande et  à leur recherche. La résistance organise ensuite le rapatriement qui ne fut pas simple et ce ne fut que le 16 août 1943, que Ted PETERSON parvint de retour en Angleterre.

Furieuse, la Gestapo compris rapidement que si les aviateurs leur avaient échappé c’est qu’ils avaient bénéficié d’aide et de complicité dans la population.

Les arrestations se succédèrent alors :

Eugène et Marcel FLEURY, Gaston PEDRON, Yolande REBOURS, Eugène LE DORé, Joseph DANIEL, Mme DANIEL Hélène SEGUIN, Louis BATARD, Armand HERY, Roger DANIEL.

Marcel JAFFROT et Marcel LE BOLLOCH réussirent à prendre à temps le maquis.

Faute de preuves, il y eut libération des prisonniers sauf, pour trois d’entre eux qui, après des sévères interrogatoires, furent transférés à Compiègne avant d’être envoyés dans les tristement célèbres camps de concentrations de :

DACHAU pour Louis BATARD d’ou il sera libéré par les américains le 29 avril 1945

HANNOVER STOCKEN, ou mourut Roger DANIEL le 16 février 1945 à l’âge de 23 ans,

DACHAU puis de DORA pour Armand HERY où il décéda le 27 mars 1945 à l’âge de 32 ans.


Un  merci particulier à Jean Foison, seul témoin encore vivant de cet événement du 29 mai 1943 et qui nous en fait le récit à l’occasion des 75 ans de cet événement, le 8 juillet 2018:

Ce jour-là, travaillant en équipe dans un champ situé à la Croix de Méno, nous avons aperçu une forteresse en difficulté se détacher de l’escadrille revenant d’un raid sur Nantes Saint Nazaire et regagnant l’Angleterre. Elle nous a survolés  à très basse altitude en direction de la mer, trois moteurs arrêtés.

L’équipage, ayant sauté en parachute, était mitraillé par la chasse allemande. L’un deux est tombé au milieu de notre groupe. Ma réaction et celle d’un camarade de mon âge, Pierre LE MENER a été immédiate : le débarrasser de son parachute et quitter rapidement les lieux avant la réaction des Allemands, nous avons pris la direction du bois de la salle ce qui nous semblait la meilleure solution.

En cours de route, nous avons dissimulé le parachute et tout l’équipement dans une dépendance d’une ferme non exploitée. S’étant aperçu que l’aviateur était blessé d’une balle dans le dos et en possession d’une trousse de secours, nous l’avons soigné le mieux possible en désinfectant la plaie.

A l’orée du bois, nous avons été repéré par Roger DANIEL qui venu nous rejoindre, s’est tout de suite rendu compte de la situation et nous a simplement dit « Ne vous en faites pas, je m’occupe de lui » Nous le connaissions et lui avons fait confiance.

Par la suite, il y eut de nombreuses arrestations sans suite, faute de preuves, mais malheureusement trois déportations : Armand HERY, Roger DANIEL et Louis BATARD.

Seul Louis BATARD est revenu, les deux autres décédés quelques mois avant la libération.

A cette époque, un réseau d’évasion existait à Saint Quay, le réseau MITRIDATE et fut remplacé à partir de novembre 43 par le réseau SHELBURNE de PLOUHA.


Pourquoi ce mémorial?

Daniel DAVID, qui pratique la plongée sous-marine, repère l’épave du bombardier américain, Il en  fait part à son père, ancien résistant et instituteur à Plourhan à l’époque. Ce dernier pense que le moteur serait un symbole pour les générations présentes et futures de ce qu’ont été les années 1939/1945. Il partage l’idée avec Louis BATARD et avec l’accord de Monsieur le Maire, Jean Martin et de la municipalité, un collectif est mis en place pour réaliser sur la place de la Victoire, un mémorial de la résistance et du souvenir, auprès du monument aux morts (1er monument construit dans les Côtes du Nord en 1919).


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